Impact d’un nouvel ALENA sur les petites entreprises canadiennes

Par Stephan Galarneau, vice-président, ventes internes, Amérique du Nord pour la Société internationale Livingston

Cet article a été publié le 24 février 2017 dans le Global Trade Magazine

La réunion récente entre le président américain Donald Trump et le premier ministre canadien Justin Trudeau a engendré beaucoup d’anxiété parmi de nombreuses petites entreprises du Canada. Pendant des mois, des spéculations relatives au destin de l’Accord de libre-échange nord-américain ont circulé en provenance de Washington, surtout à propos de la neutralisation du déséquilibre commercial entre les États-Unis et le Mexique. La réunion des deux chefs d’État était supposée offrir un aperçu plus clair de ce que le Canada pouvait attendre d’une nouvelle version de l’ALENA. Selon le président Trump, on peut s’attendre à quelques ajustements de l’Accord.

Cela laisse la place à beaucoup d’autres suppositions. Il est cependant certain que tout changement à l’ALENA exercera sur les petites entreprises canadiennes un impact aussi ample et varié que les entreprises elles-mêmes.

Tout impact positif ou négatif sera généralement déterminé par la géographie et le secteur concernés. Les nouvelles ententes commerciales entre le Canada, les États-Unis et le Mexique pourraient faire du tort aux PME du secteur manufacturier au Canada et au Mexique, tout en présentant des avantages pour les PME des États-Unis, mais elles risquent d’affecter les magasins de vêtements indépendants de ce pays avec autant d’adversité que les fabricants de textiles du Mexique.

L’abolition de l’ALENA pourrait éliminer de nombreux emplois dans les PME américaines qui comptent sur un gros volume d’échanges commerciaux avec le Mexique; en effet, six millions d’emplois américains dépendent du commerce international avec leur voisin du sud.

Comme c’est souvent le cas dans les accords commerciaux, ce sont les détails qui comptent et, jusqu’à présent, les détails d’un nouvel accord éventuel restent peu connus et masqués par un discours politique agressif à l’égard du Mexique.

Cependant, lorsque ces détails seront connus, les PME devront agir rapidement pour s’adapter à la nouvelle situation normalisée. Selon les spécifications de l’Accord, un retrait des États-Unis nécessiterait un préavis de six mois. À première vue, ce délai d’adaptation semble généreux et pourrait l’être pour certains mais, pour la plupart des PME, cela supposerait une activité intense. Pour ces entreprises canadiennes et américaines, la transition pourrait se dérouler en deux étapes, qui poseraient chacune de grandes difficultés.

Selon l’Accord, si les États-Unis sortaient de l’ALENA, les ententes commerciales avec leur voisin du nord reviendraient à l’accord commercial Canada-États-Unis signé en 1988. En outre, si les États-Unis décidaient d’abandonner également cet accord commercial, ils devraient attendre la fin d’un autre préavis de six mois, forçant ainsi les entreprises concernées à s’adapter à un régime commercial intérimaire avant la mise en place d’un accord commercial plus permanent.

Quel que soit le secteur ou la situation géographique, il est certain que cela perturberait profondément le modèle d’affaires des PME, beaucoup plus que celui des grandes entreprises qui disposent non seulement de réserves pour mitiger leurs problèmes de trésorerie, mais aussi de solutions de rechange pour se protéger contre les interruptions de leurs chaînes d’approvisionnement.

L’abolition de l’ALENA forcerait les PME à trouver rapidement de nouveaux fournisseurs, de nouveaux modes de transport pour leurs marchandises et peut-être même de nouveaux modèles d’affaires et de nouveaux marchés. L’imposition de nouveaux tarifs sur les prix de certaines entreprises pourrait leur rendre certains marchés inaccessibles, pendant que d’autres auraient accès à de nouveaux marchés. Les entreprises qui expédient des produits chimiques ou des marchandises dangereuses pourraient voir leurs chaînes d’approvisionnement alourdies par de nouvelles formalités, notamment les entreprises travaillant dans des secteurs qui font l’objet de tarifs protectionnistes (p. ex. le bois d’œuvre résineux, les fabricants de pièces automobiles, etc.)

Le facteur le plus déstabilisant n’est peut-être pas le résultat final, mais la longue période de spéculations et de doutes au sujet de la politique commerciale. Cette instabilité a pour effet de freiner les investissements des entreprises et de diminuer l’activité économique dans son ensemble.

Du côté positif, la plupart des entreprises, petites et autres, ont divers fournisseurs qui les servent dans leur secteur d’activité – transporteurs, courtiers en douane, avocats et conseillers en conformité commerciale. Pendant que ces fournisseurs s’occupent de fonctions opérationnelles courantes, les entrepreneurs et dirigeants ne devraient pas hésiter à leur demander conseil sur leur stratégie à long terme et les solutions de remplacement à court terme, pour traverser les périodes tumultueuses.

Pour permettre aux petites entreprises de traverser ces périodes sans danger, elles doivent faire preuve d’une forte résolution et être capables de réagir agilement au changement. Cela présente de grands défis pour les entreprises qui ont généralement des marges bénéficiaires très minces et des flux de trésorerie limités; cependant, ces capacités détermineront, en fin de compte, leur succès dans un nouvel univers de protectionnisme commercial.

Stéphan Galarneau est vice-président, ventes internes, Amérique du Nord pour la Société internationale Livingston. Il est chargé de la direction générale et du rendement du groupe de vente de Livingston aux petites entreprises du Canada, depuis 2011. Son équipe travaille exclusivement avec les petites et moyennes entreprises et se spécialise dans les services de conseil en commerce international. Il possède plus de 25 années d’expérience dans le secteur.