Impact de la Chine sur le commerce mondial

Potentiel et défis pour les négociants à l’échelle mondiale

Par Philip Sutter, directeur de la politique de gouvernance mondiale de la Société internationale Livingston

Cet article a été publié le 1er mars 2017 dans le Global Trade Magazine

Les experts en commerce mondial sont conscients de l’impact historique exercé par la Chine sur le commerce international, et particulièrement de sa résurgence depuis une trentaine d’années. La Chine poursuivra son essor pendant les prochaines décennies. Étant donné la couverture intense du commerce international dans les médias, il est opportun de passer en revue les questions de commerce international qui se posent à la Chine, pour voir comment ce pays pourrait présenter des possibilités et défis pour les négociants à l’échelle mondiale, dans les années à venir.

L’économie chinoise

Rien que par les chiffres, la Chine impressionne, avec une population de presque 1,4 milliard d’habitants. À 6,7 pour cent, la croissance économique de la Chine dépasse celle du reste du monde. Son produit intérieur brut (PIB) de 10,9 mille milliards de dollars est seulement inférieur à celui des États-Unis avec 17,9 mille milliards. Son économie est presque aussi grande que celle de toute l’Europe. D’ici à 2030, l’économie chinoise devrait devenir la plus grande du monde, une position qu’elle occupait jadis en 1820.1

Les gains enregistrés par la Chine sont engendrés par une économie basée sur les exportations, qui produit des biens fabriqués à faible coût par une main-d’œuvre intensive. L’économie chinoise vient à maturation et doit continuer à évoluer, pas tellement par des investissements, mais surtout par des innovations, comme les autres économies modernes.

Une économie planifiée

Après la deuxième guerre mondiale, la Chine avait un régime économique communiste très insulaire. Dans le milieu des années 1980, la politique portes ouvertes de la Chine a accepté certains investissements étrangers. Elle a également incité la Chine à prendre des mesures pour modérer ses contrôles étatiques, s’orienter vers une économie de marché et permettre une certaine propriété privée. Cependant, ces années ont connu des perturbations, notamment par la répression des manifestants de la place Tiananmen en 1989.

Depuis lors, un changement important a entraîné la participation de la Chine à l’économie mondiale : son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 2001. Cependant, le statut de la Chine dans l’OMC reste controversé. En effet, 38 différends restent en instance dans l’OMC contre la Chine, au sujet de diverses questions telles que la violation des droits de propriété intellectuelle, les contingents discriminatoires, les subventions gouvernementales injustifiées, les droits à l’exportation sur les matières premières et une réglementation restrictive.

Son statut d’économie planifiée empêche la Chine de fonctionner sur un pied d’égalité avec les autres pays membres de l’OMC. Elle est ainsi désignée parce que son économie est principalement dirigée par l’État et le parti communiste chinois, au lieu des forces du marché. Par conséquent, des États-Unis et les autres pays membres de l’OMC pourraient ajuster leurs droits antidumping et compensateurs sur les importations chinoises, pour tenir compte des coûts de commercialisation. Les États-Unis ont 116 dossiers de droits antidumping et 41 dossiers de droits compensateurs ouverts contre la Chine. Ces dossiers portent sur diverses matières premières et divers produits fabriqués tels que les produits chimiques, l’aluminium, l’acier, le papier, etc.

Membre de l’OMC depuis plus de quinze ans, la Chine a introduit une pétition visant à éliminer son statut d’économie planifiée.3 Cependant, selon le département du Commerce des États-Unis, plusieurs questions vont à l’encontre de la Chine dans cette demande, notamment la manipulation de sa devise, ses droits de négociation syndicale, ses restrictions contre les investissements étrangers, la propriété gouvernementale des moyens de production, la fixation centralisée des prix et un manque de transparence dans ses politiques commerciales.4 En tant que détentrice d’environ 1,1 mille milliards de dollars de la dette américaine, la Chine est en mesure d’exercer une certaine pression sur les États-Unis, car la liquidation de ces titres d’emprunt pourrait avoir des conséquences négatives sur la croissance économique américaine.5

Pendant son essor économique, on a souvent accusé la Chine d’utiliser le travail forcé des camps de rééducation du système Laogai dans les mines, usines et fermes pour produire des biens de consommation et des produits fabriqués. En 2013, la Chine a promis d’abolir cette pratique ; cependant, les organismes de droits humains prétendent qu’elle persiste.6 La loi américaine Trade Facilitation and Trade Enforcement Act of 2015 donne au CBP (Customs and Border Protection) des États-Unis un pouvoir accru pour empêcher l’importation de ces marchandises dans le pays. Le CBP se base sur les listes de travail forcé publiées par le département du Travail des États-Unis pour imposer des ordonnances de refus de mainlevée qui autorisent la retenue des marchandises. En cas d’infraction, ces marchandises font l’objet d’une saisie.7

Libre-échange : ANASE et RCEP

La Chine a signé un accord de libre-échange avec les dix pays de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), entré en vigueur le 1er janvier 2010. Il s’agit du plus grand accord de libre-échange mondial en termes de population et du troisième en termes de PIB, ce qui positionne la Chine devant les États-Unis dans le commerce avec ces dix pays. La Chine tente actuellement d’élargir cet accord avec l’ANASE pour inclure les cinq autres grands pays asiatiques (Japon, Inde, Corée, Australie et Nouvelle-Zélande) en négociant le Partenariat économique intégral régional (RCEP). S’il est effectivement conclu, ce partenariat deviendra une zone d’échanges mondiaux sans précédent qui fera de la Chine un partenaire économiquement et politiquement égal à ces autres pays. Ainsi, la Chine continuera à rivaliser avec les États-Unis pour dominer le commerce asiatique. La signature du partenariat RCEP en 2017 fait l’objet d’une forte intention déclarée.8 There’s a strong push to get RCEP signed in 2017.

Plans ambitieux, tension considérable

La Chine est en train de financer un projet massif d’infrastructure appelé Route de la soie. La première et très ancienne Route de la soie a commencé environ 200 ans avant notre ère, à l’époque où ses voies d’échanges assuraient le commerce de la soie de Chine à destination des pays méditerranéens. Elle a joué un rôle important dans le développement de ces régions. La Route de la soie contemporaine est un projet d’amélioration des relations géographiques entre la Chine, l’Eurasie, l’Afrique et l’Océanie. Elle couvre 60 pays et prévoit des investissements de 8 mille milliards de dollars pour l’aménagement de voies terrestres, de trains à grande vitesse, de ports maritimes et d’autres infrastructures.

En outre, la Chine a l’intention de renforcer son influence géopolitique dans la région Asie-Pacifique, notamment sur Taiwan et la mer de Chine méridionale, deux zones de frictions militaires qui menacent le commerce et la sécurité dans la région.

Il existe une certaine tension entre la Chine et Taiwan depuis que le gouvernement chinois s’est enfui du continent pour s’installer à Taiwan, pendant la révolution communiste chinoise en 1949. Le consensus de 1992 intervenu entre les deux parties a conclu qu’il n’existait qu’une seule Chine ; cependant, elles ne s’entendent toujours pas sur le mode de gouvernement. Plus de 60 pour cent de la population se considère uniquement taïwanaise, mais la Chine continue à résister à toute idée d’un Taiwan séparé.9

La gouvernance des îles Spratlys, dans la mer de Chine méridionale, fait l’objet de contestations depuis longtemps de la part des pays voisins. Les Philippines, Taïwan, la Malaisie et Brunei prétendent avoir une certaine hégémonie sur une partie de la région, à l’encontre de l’hégémonie chinoise redoutée.10 Récemment, la Chine a illustré l’importance militaire stratégique qu’elle accorde aux îles Spratlys par une présence navale imposante. La Chine résiste toute négociation avec les autres parties qui tentent d’utiliser l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) pour arriver à une résolution.11

Les relations militaires de la Chine avec les nations soi-disant hors-la-loi préoccupent particulièrement l’Occident et ses voisins. En novembre 2016, la Chine a signé un accord de coopération militaire avec l’Iran, prévoyant un entraînement et des exercices conjoints. Précédemment, la Chine a fourni à l’Iran des missiles et d’autres matériels.12 La Chine a également procuré une aide militaire à la Syrie13 et au Venezuela14. En outre, la Corée du Nord considère la Chine comme sa voisine et son alliée les plus proches, ainsi que son plus important partenaire commercial. La Chine n’a pris aucune mesure contre les essais nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.15

Lorsqu’il s’agit d’incorporer la Chine à leur stratégie commerciale, les entreprises qui pratiquent le commerce international encourent des risques mais bénéficient de nombreux avantages. Dans le cadre d’un plan qui mène au succès, elles doivent tenir compte et profiter de l’occasion de traiter avec l’une des plus grandes économies dynamiques au monde, tout en reconnaissant la possibilité de changements risqués et volatiles à l’intérieur ou à l’extérieur de la Chine.

Philip Sutter est directeur de la politique de gouvernance mondiale de la Livingston International.